Le mois de janvier est achevé mais je commence tout de même cette lettre en vous souhaitant le meilleur pour 2017.
Paix, grâce, joie, bonheur et bonne santé pour vous !
Que les projets qui vous tiennent à cœur se réalisent !
De mon côté, je rentre du Nigeria où j’ai passé un mois en famille. J’en ai profité pour suivre les projets de l’association.
En voici un bref résumé.
Situation générale du pays :
- Le Nigeria vit une période de récession qui rend la vie de la population extrêmement difficile.
- Les prix augmentent de semaine en semaine et le travail est rare. Pour exemple : un litre d’essence qui valait 87 naïras il y a un an, en vaut aujourd’hui 150. Le gaz est passé de 2500 à 5300, un sac de semoule de 10kg de 800 à 1700, 75 cl d’huile de palme sont passés de 150 à 750 et le sac de riz de 8000 à 26000.
- Quant au naïra lui-même, il plonge et la chute semble sans fin ; un euro valait 250 naïras en janvier 2016, 380 en décembre, 490 fin janvier 2017.
En conséquence, le prix des produits d’importation flambe ; aucune prévision n’est possible. Les salaires n’augmentent pas, quand ils sont payés. Mon frère, infirmier dans un dispensaire d’État, n’a pas été payé depuis 4 mois. C’est encore pire pour les enseignants. À l’hôpital public, les médecins ne viennent que quelques heures car il faut soigner « bénévolement». Ils commencent donc leurs journées dans les cliniques privées, accessibles uniquement à une toute petite frange de la population. Alors on fait la queue, on attend … et on repart. Étant entendu que ne viennent à l’hôpital que ceux qui ont les poches bien remplies ! Pas de Sécurité sociale.
Au village :
Les huit enfants parrainés vont à l’école et leurs parents, que j’ai rencontrés, en sont vraiment heureux. Ils sont extrêmement reconnaissants envers les parrains, même s’ils ne peuvent guère le manifester. Une 9e famille vient de s’engager : Chinecherem (à droite sur la photo) a donc pris le chemin de l’école après Noël.
Avec les instituteurs et quelques personnes de confiance du village, nous avons fait le tour des familles en grande difficulté et dressé la liste des enfants qui ont besoin d’aide de manière urgente. Ils sont au moins vingt. Ainsi, une maman est venue chez mes parents ; elle apportait un coupon de tissu qu’elle aurait voulu laisser en gage contre quelque argent pour payer l‘école. Le Mont de piété réinventé en quelque sorte! Bien sûr, elle a gardé son coupon et reçu quelques subsides. Mais cet exemple montre la détresse dans laquelle beaucoup sont plongés.
La providence a voulu que j’aille rendre visite à une famille que je savais en grande difficulté. La réalité dépasse tout ce que je pouvais imaginer.
La maison est aujourd’hui à l’écart du village. Peu à peu les familles ont déménagé vers la route. Pas celle-ci, trop dépourvue. L’isolement s’ajoute à la pauvreté.
Je remercie le Seigneur de m’avoir ouvert les yeux. Rien ne remplace une rencontre de personne à personne. L’association a pu acheter un lit et un matelas, du matériel de cuisine, de la nourriture, des vêtements et une porte pour la maison. Il pleut encore dedans mais la vie est transformée. Nous avons fourni les livres scolaires aux enfants parrainés et à ceux dont les parents ont trop de mal à payer (une trentaine en tout). Et contribué au salaire des professeurs–assistants.



La nouveauté de l’année à l’école du bas, c’est la construction de toilettes sèches. Plusieurs rencontres ont eu lieu avec les parents d’élèves et les instituteurs : on est tellement habitué à la situation qu’on a un peu de mal à penser que ça peut changer. Mais le chantier a démarré. Les parents assureront la main d’œuvre et fourniront le bois. L’association a acheté tout le reste. Et, joie, plusieurs familles ont compris que cette technique peut améliorer leur existence et ont décidé de l’appliquer chez elles.
L’autre nouveauté, c’est la construction d’un déshydrateur. Avant de partir, j’étais allé rencontrer Antoine à Paris. Il a mis au point ce procédé et le partage généreusement. La machine utilise l’énergie solaire. La matière première pour la construire ne coûte que quelques euros. Là aussi, il a fallu faire preuve de pédagogie car, en Afrique, nous n’avons pas coutume de conserver ainsi les aliments. Mais petit à petit l’idée a fait son chemin et le premier déshydrateur est né. D’autres suivront. Les ananas et les mangues séchés seront consommés dans les familles ou vendus au marché. Affaire à suivre…. Voilà, ce sont de petits pas mais ils font tant de bien !
Je vous bénis.
Père Denis Okeke